La restauration des vitraux de Chartres au fil des siècles
La manière dont les travaux de restauration sont réalisés est une source de renseignements à la fois sur le goût de l’époque à laquelle ils sont faits et sur la façon dont, à cette époque, on appréhende le passé.
Dans le premier tiers du XIIIe siècle, les trois verrières du portail royal qui datent du XIIe et qui ont miraculeusement échappé à l’incendie de 1194, subissent une restauration. Celle-ci se remarque par des verres de tons plus soutenus et par un dessin typique du XIIIe.
« Notre-Dame de la Belle Verrière », (le plus célèbre vitrail de Chartres), merveilleuse Vierge au célèbre « bleu de Chartres », constituée de quatre panneaux, est enchassée dans une verrière dont les trois panneaux bas sont du XIIIe siècle.
Du XIVe siècle il n’y a guère de traces de restauration hormis les « grisailles ».
Au XVe siècle, on supprime les cadres en bois dans lesquels les verrières sont montées et on procède à une révision. « Le passage des artisans du XVe se reconnaît à la qualité et à la couleur des verres employés, plus minces et plus transparents, plus légers de coloris, à la qualité de peinture moins épaisse ».
À la Renaissance, on se tourne résolument vers l’avenir et on ne se soucie guère des styles du passé. Le plus souvent, on remplace le vitrail ancien par un vitrail « moderne ». Heureusement, ce phénomène n’est pas sensible à Chartres.
Au XVIIe siècle, on ne respecte pas davantage le passé. À Chartres, seules deux grisailles datent de la fin XVIe, début XVIIe.
Au XVIIIe, « siècle des lumières », le vitrail est en plein déclin. Un vitrail cassé est remplacé par un vitrail venu d’ailleurs ou remplacé par du verre blanc. À Chartres huit verrières hautes seront ainsi démontées pour donner plus de clarté au chœur tandis que quatre autres seront détruites par les révolutionnaires.
Au XIXe deux courants seront sensibles. Le premier initié par Viollet-le-Duc poussera vers une restauration recherchant l’unité de style au risque d’aboutir à des restitutions utopiques dénuées de caractère et faisant perdre à l’œuvre sa spécificité. Le deuxième inspiré par les artistes et intellectuels romantiques, considère que toute restauration est une falsification et que la dégradation et la détérioration confèrent au contraire à l’œuvre une valeur artistique qu’il faut respecter.
Le XIXe fut également destructeur. Il supprima des éléments jugés mal restaurés et les remplaça par des copies douteuses. Chartres, sera épargné.
Au XXe siècle, l’importance accordée au patrimoine fera évoluer la recherche et les méthodes pour assurer la préservation et la conservation des vitraux.
En 1921 le « vitrail de Charlemagne » est restauré.
En 1954, des architectes américains offrent une verrière, « la vie de Saint Fulbert, évêque de Chartres », travail exécuté par l’atelier François Lorin à Chartres.
En 1966, on refait avec des morceaux d’une fenêtre haute, une verrière du transept nord.
À partir de 1986, la campagne de restauration s’appuiera sur une analyse en profondeur, une étude historique minutieuse de l’œuvre. Le respect de la partie conservée et des critères de son auteur sera fondamental.
AVANT ET APRES
GUERIN Henri
Né en 1929 dans les Pyrénées Atlantiques, Henri Guérin passe son enfance et sa jeunesse dans le Val-d’Oise, en lisière de la forêt de Montmorency, qui développera en lui l’amour de la nature.
Vitrail à la branche d’amandier (Gers),1972.
« Adolescent, j’entrais dans la forêt de Montmorency comme on plonge dans l’eau fraîche, pour me laver…de ma jeunesse. Le silence et l’ombre y perdaient leurs frontières et la lumière, tenue à distance, en se faisant plus rare, devenait plus précieuse. Parfois, elle s’étalait dans l’interruption d’une clairière, comme un étang. Je passais la semaine entière à la pleine lune dans la poussière argentée des bois, sans frayeur aucune, comme un poussin sous la poule. Je m’y perdais de jour ou de nuit, toujours avec ardeur, la forêt était ma foule lente, mon et mes humanités. » (Henri Guérin -« Les Arbres »-Éd. de la Porte Sud).
À dix-huit ans, il écrit ses premiers poèmes. Ses poèmes seront publiés en 1955 (chez Seghers).
À vingt-deux ans, une grave décalcification lui impose une greffe osseuse et une immobilisation complète de huit mois. Envoyé en convalescence à Font-Romeu dans les Pyrénées-Orientales, ce séjour influera sur toute sa destinée. Il y découvre le monde de l’art, de la littérature, de la poésie, de la musique et l’univers de Matisse…
Ébloui par la palette de Matisse, il compose, dans l’esprit des papiers découpés du peintre, ses premières œuvres en tissus collés.
Église Saint-Jacques, Pechbusque (Haute-Garonne),1997 (200x80cm).
Verrières du chœur
À son retour dans le Val-d’Oise, il a définitivement opté pour la voie artistique, et réalise de nombreux dessins, plus d’une trentaine de tableaux en tissus collés. Il composera aussi des chansons, notamment avec Jean Ferrat. L’année suivante, ses amis de Font-Romeu lui organisent une exposition qui connaîtra un grand succès.
À vingt-cinq ans, il épouse Colette Petit et s’installe à Toulouse. Tout en étant dessinateur pour la Dépêche du Midi, il continue ses créations en tissus collés.
À la fin de cette même année 1954, sa rencontre avec Dom Éphrem Socard, de l’abbaye bénédictine d’En-Calcat, à Dourgne dans le Tarn, va orienter toute sa destinée de peintre-verrier.
Verrières du chœur de l’église de Puylaurens (Tarn), 1964. Infinité de nuances sur un fond blanc lumineux.
Un matin d’automne à l’abbaye d’En-Calcat dans le Tarn, une tonsure blanche, couronnant un bénédictin sans âge, m’apparut à l’entrée de la cellule où j’avais débarqué la veille au soir. Un sourire ineffable appuyé d’un regard confiant rompit toutes mes défenses, et l’artiste que j’avais prétendu être au frère portier n’osa plus ici que se taire. Lui, consentant à s’asseoir, calé bien droit dans sa bure noire, m’invita sans préliminaire, m’encouragea même à livrer tout ce qu’il sentit bouillonner dans l’impatience de ma jeune nature. [ …] La cloche d’un office interrompit l’entretien. La célébration grégorienne achevée, il m’emmena voir l’atelier des vitraux. Un monde inconnu s’empara de ma curiosité. En devoir de répondre à cent questions, il y mit ordre en saisissant une marteline pour tailler devant moi une dalle de verre de couleur. En silence j’observais, avide et subjugué, les éclats qui volaient à mes pieds. Il me dit : « Voyez-vous, en quelques minutes vous avez pu tout saisir ! », mais il ajouta en souriant : « Pour apprendre vous n’aurez pas trop d’une vie ! ». (Henri Guérin « Il tutoyait la terre entière » dans Honneur aux maîtres de Marguerite Léna).
Pendant six ans, il va travailler avec le Père Éphrem et réaliser de nombreux vitraux (église de la Sainte Famille à Béziers, chapelle du carmel d’Auch, des clarisses à Périgueux, église d’Aussillon (Tarn), etc…). L’enseignement du Père, très enrichissante sur le plan artistique, le sera tout autant sur le plan intellectuel et spirituel.
Mettant à profit la leçon du maître sur le combat de l’ombre et de la lumière, Henri Guérin s’oriente vers des masses colorées de plus en plus importantes, et des tonalités de bruns et de verts où les joints en ciment se mêlent dans la composition. Le maître vit mal l’évolution esthétique de son élève qui prend son envol.
En 1961, à 32 ans, Henri Guérin installe son atelier à Plaisance-du-Touch, à une quinzaine de kilomètres de Toulouse. Avec de grands chantiers, la commande religieuse s’intensifie. (Séminaire de Montréjeau, collège Saint-Erembert à Saint-Germain-en-Laye, etc…).
Puis arrivent les premières commandes de vitraux pour des édifices civils et des maisons particulières (verrière du hall d’accueil de la nouvelle école vétérinaire de Toulouse). De nationale, sa notoriété devint très vite internationale.
En 1963, il obtient une première commande canadienne pour le petit séminaire d’Ottawa, avec la réalisation des 140 m2 de verrières de la chapelle. Suivra la création de la verrière pour la salle des Amitiés franco-canadiennes du pavillon de France de l’Exposition Universelle de 1967 à Montréal.
En 1968, il expose aux États-Unis.
En 1970, il a déjà réalisé plus d’une centaine de vitraux pour des demeures privées et de nombreuses interventions dans des monuments historiques. Son art pictural évolue vers de plus en plus de clarté et de transparence, sa technique vers plus de légèreté.
Parallèlement, il continue à créer pour l’architecture sacrée. On pense notamment à l’abbaye bénédictine de Fontgombault dans l’Indre. Avec ce chantier, il renoue avec la vie des moines dont il est toujours resté très proche depuis ses débuts d’En Calcat. Il se ressource complètement dans ces rythmes de vie, et cette liturgie liée aux chants grégoriens. Il entretient des liens spirituels avec de grands religieux, nourrissant son expérience artistique de sa foi chrétienne.
Abbayes, couvents, églises, chapelles, ses réalisations pour l’architecture sacrée sont innombrables.
Croix d’Isaïe, 1978
Les joints font partie de la composition
Qu’ils soient un, 1992
Vitrail inspiré d’un verset de saint Jean
« L’artiste apprend à regarder, à interpréter l’élan vers la vie. Il sonde la matière, il écoute et voit peu à peu se dévoiler en lui quelques bribes du mystère des choses. Car rien ne peut se dévoiler en lui sans la patience d’un regard, apprenti de la contemplation » (Henri Guérin -- « Des yeux pour voir le monde »).
Les commandes internationales occasionnent de longs séjours à l’étranger. Jérusalem en 1991, le Cameroun en 1996 et 1998, les Philippines en 1999, le Japon en 2000, la Namibie en 2003 et 2004.
Avec des chantiers immenses, sa vie artistique est débordante, toujours stimulée par une ardente curiosité intellectuelle. Mais cette activité, si intense soit-elle, est constamment ressourcée à sa vie spirituelle. C’est dans le travail, la solitude et la sérénité de son atelier de Plaisance-du-Touch qu’il atteint son plein équilibre








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