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mardi 23 avril 2013
LA TOMBE D'UN CHARRON
La tombe d'un charron à Beaumont-de-Lomagne (82)
Rédigé par Laurent BASTARD
Publié le 29 Janvier 2010 @ 07:00:00 , contient 184 mots
Posté dans la rubrique Compagnonnages et/ou métiers, Patrimoine funéraire, Charrons
Dans le cimetière de la commune de Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) se trouve une stèle funéraire soigneusement sculptée au nom de la famille Lafforgue. Elle comporte un blason d'outils surmonté d'un phylactère. On serait tenté d'y voir une couleur de compagnon, mais ses extrémités à deux pointes et petites boules semblent trop s'écarter de leur forme habituelle.
© Photographie Laurent Bastard, D.R.
Suite:
Un ruban enserre trois outils : une plane, une tenaille et un compas. Il s'agit vraisemblablement de la sépulture d'un charron, l'artisan de ce métier employant ces trois outils pour façonner les rais, saisir les pièces métalliques des roues et les forger, mesurer et tracer. On remarquera cependant que le compas habituel du charron est plutôt un compas à verge, muni de "poupées" perpendiculaires à une tige de bois.
Sous ce blason figure une croix, récompense civile ou militaire d' H(ippoly)te Lafforgue.
© Photographie Laurent Bastard, D.R.
Quelqu'un pourrait-il apporter des informations sur cet artisan, préciser quel était son métier et éventuellement nous indiquer s'il s'agissait d'un compagnon ?
Commentaire de: Avraham MALTHETE [Visiteur]
Acte de décès N° 32 du 29 mai 1902 : "L'an 1902 et le 29 mai, à 10 heures du matin, par-devant nous, Jean Pascal Carrié, adjpoint délégué, officier de l'état civil de la commune de Beaumont, arrondissement de Castelsarrasin, département de Tarn-et-Garonne, ont comparu Gaston Laborde, âgé de 48 ans, forgeron, et Jean Laballe, âgé de 71 ans, cultivateur, domiciliés à Beaumont, voisins du décédé ci-après dénommé : lesquels nous ont déclaré que Hippolyte LAFFORGUE, âgé de 53 ans, charron, né à Faudoas, demeurant à Beaumont, époux de Antoinette Bosc, âgée de 48 ans, sans profession, fils de feu Bernard Lafforgue, et de feue Marthe Troyes, est décédé le jour d'hier, à 10 heures du soir, dans sa maison sis place du Foirail, ainsi que nous nous en sommes assuré. Dont acte que nous avons signé, après lecture faite, avec le dit Laborde, non le dit Laballe pour ne savoir, de ce requis.
FERDINAND FLOURET
Ferdinand Flouret dit « Dauphiné la Bonne Espérance », Compagnon charron du Devoir (Vinsobres 1851-1939)
Ferdinand Flouret naît à Vinsobres le 24 novembre 1851 ; il est le cadet d'une famille de sept enfants. Son père, ancien aspirant charron, fait de ses quatre fils quatre charrons. L'une de ses filles donnera naissance à un autre compagnon charron : Élie Brun, neveu et filleul compagnonnique de Ferdinand, et reçu plus tard sous le même nom de Compagnon.
Roue à 504 rais, chef-d'œuvre et prouesse inégalée de Ferdinand Flouret.
Toujours conservée dans la famille Flouret, celle-ci est la seconde à avoir été réalisée ;
l'autre, semblable, est conservée par le musée du Compagnonnage à Tours.
Cliché Laurent Gallet (Buis-les-Baronnies)
Le 8 juillet 1868 Ferdinand Flouret quitte son village, commençant ainsi les huit années de son tour de France ; il s'inscrit à Nîmes comme aspirant puis voyage dans le Midi. En 1871 il se trouve à Marseille, durant les émeutes de la Commune ; il y remplit les délicates fonctions de « Premier en ville » des aspirants. En 1872 il est à Bordeaux ; c'est en cette ville qu'il se présente et est reçu compagnon du Devoir, pour la Sainte-Catherine (patronne des charrons), sous le nom compagnonnique de « Dauphiné la Bonne Espérance ». Il continue son tour de France et arrive à Paris en 1874. Il y remplit les fonctions de « Premier en ville » des compagnons charrons durant près de deux années. On sait que le « Premier en ville » des compagnons est le responsable de toute sa société pour la ville. Il est ensuite élu Président de sa société et conservera cette fonction pendant vingt ans. C'est dans ce cadre qu'il s'occupe particulièrement d'améliorer les caisses mutualistes des compagnons ; il est le fondateur d'une Caisse de retraites autonome pour les compagnons charrons du tour de France.
À l'annonce de l'Exposition Universelle de 1900, les cours techniques des compagnonnages sont invités à concourir ; Ferdinand Flouret exécute et présente huit modèles différents, en collaboration avec d'autres compagnons, en particulier son neveu et filleul compagnonnique, Élie Brun. Sa société reçoit une médaille d'argent et Ferdinand Flouret, comme collaborateur, la médaille de bronze de l'Enseignement technique. À la classe 35 (Agriculture), en collaboration avec la Compagnie Générale des Omnibus, dont il est « brigadier charron », il obtient du jury la médaille d'argent pour les soins qu'il avait portés à l'exécution des travaux exposés par cette Compagnie. Il reçoit aussi une médaille d'argent au titre des services rendus dans le cadre des sociétés de secours mutuels ; durant la même exposition le Ministre de l'Intérieur lui donne la plus haute récompense de la Mutualité, la médaille d'or…
Il se retire un certain temps à Vinsobres « pour vivre tranquillement » ; mais, encore trop actif, il revient à Paris et continue ses travaux. En 1924, à l'Exposition départementale du Travail des « Meilleurs Ouvriers de France », il expose à nouveau et obtient un grand-prix. Enfin, en 1925, lors de la première Exposition Nationale du Travail, il reçoit le diplôme de Meilleur Ouvrier de France. Il reçoit enfin la Légion d'Honneur en 1932.
Nous savons aussi qu'il s'était signalé dans la réalisation des carrosseries des premières automobiles, puis, durant la guerre de 1914-1918, qu'il avait tracé et réalisé les hélices en bois des premiers avions militaires.
C'est dans la capitale, parmi ses chers compagnons, que s'écoule sa longue vieillesse ; mais il fait de fréquentes visites à Vinsobres, dans sa famille. C'est au cours de l'un de ces séjours qu'il décède, en 1939, à l'âge respectable de 88 ans
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