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dimanche 15 avril 2012

TOUSSAINT


La langue française désigne par cet unique mot fort heureux la solennité collective tous les saints. Cette fête ne remonte pas aux siècles primitifs du christianisme. Voici quelle en a été l’origine.
Marc Agrippa, gendre d’Auguste, vingt-cinq ans environ avant la naissance du Christ, fit élever à Rome un temple superbe pour le dédier à son beau-père. Auguste n’ayant point accepté cet honneur, Agrippa dédia cet édifice à Mars et à Jupiter Vengeur, en mémoire de la victoire remportée par Auguste contre Marc-Antoine et Cléopâtre.

Plus tard, la déesse Cybèle et tous les dieux et déesses dont elle est la mère y eurent leurs statues en bronze, en argent, en or et même en pierres précieuses, selon l’importance de chacune de ces fausses divinités ; alors ce temple reçut, à juste titre, le nom de Panthéon, ou réunion de tous les dieux. Les décrets de Théodose le Jeune contre les monuments de l’idolâtrie avaient respecté ce magnifique édifice. On s’était contenté d’en extraire les impures idoles et d’en fermer les portes. Le pape Boniface IV demanda à l’empereur Phocas le Panthéon pour en faire une église. Sa demande fut accueillie, et en 610, le 13 mai, Boniface dédia le Panthéon au vrai Dieu, sous l’invocation de la sainte Vierge et des martyrs.

JOUR DE PÂQUES


Fête célèbre entre toutes, Pâques marque la résurrection du Christ, et s’accompagne d’une renaissance de la nature elle-même, longtemps engourdie sous son immense linceul de neige. Comme toute fête, elle est caractérisée par des symboles, que ce soit l’agneau, les oeufs — rouges à l’origine —, mais encore de nombreuses légendes parmi lesquelles celle de ces cloches qui arrachées de leur église sous la Révolution y revinrent miraculeusement, ou encore celle de ces possédés du diable venant chaque année à la Sainte-Chapelle pour s’en délivrer
D’où vient son nom ?... Demandons-le aux savants... Ils nous répondront que le mot hébreu paschah signifie « passage », et que la Pâque fut créée par Moise pour rappeler la sortie d’Egypte et le passage de la mer Rouge. Pâques fut donc une fête juive avant de devenir une fête chrétienne. Ce jour-là, dans les familles juives, on tuait le mouton gras et on le mangeait en famille. Les traditions de bonne chère sont celles qui se transmettent le plus sûrement d’âge en âge. Celle du mouton passa d’une religion à l’autre. Jusqu’au XVIe siècle, on apportait dans les églises des agneaux tout rôtis que le prêtre bénissait et qui servaient de plat de résistance le jour de Pâques.

samedi 14 avril 2012

PÂQUES ET LES OEUFS DE PÂQUES


Nos ancêtres rivalisaient d’imagination dans la confection des œufs de Pâques : qu’ils soient ensorcelés ou à la tenaisie, destinés aux courtisans ou obtenus de vieux parrains
Œufs de Pâques des étudiants. Au Moyen Age, la veille de Pâques, les étudiants des écoles, les jeunes gens de la ville, les clercs des églises s’assemblaient sur la place publique au bruit des sonnettes et des tambours, armés de lances et de bâtons et portant de bannières sur lesquelles étaient peintes des images burlesques. Ils se rendaient en cortège à la porte de l’église principale, chantaient Laudes en chœur ; puis se répandaient dans la ville pour quêter des œufs de Pâques. Cette ancienne coutume, moins la cérémonie de l’Eglise, subsistait encore naguère dans beaucoup de provinces de France.

Œufs de Pâques ensorcelés. Elle est assez générale la coutume de briser la coque de l’œuf après qu’on l’a mangé. Au Moyen Age, on croyait que la coque des œufs donnés en présent à Pâques, ou le jour de la nouvelle année, servait aux sorciers et aux sorcières pour tracer des caractères magiques qui évoquaient les démons. Peut-être est-ce de cette tradition superstitieuse que nous est venu l’usage de briser la coque.

CARNAVAL


Sans doute est-ce pour oublier les tristesses de la saison, pour tromper l’ennui des jours de pluie et de brouillard, qu’on a inventé les divertissements du carnaval, qui dérivent des saturnales antiques, et il n’y a peut-être rien de si vieux dans les coutumes des peuples que la procession du boeuf gras
Les bacchanales des païens, les panathénées des Grecs, le phurium des Juifs, fête instituée par la vertueuse Esther et par son oncle Mardochée, parmi ceux de leur nation, pour célébrer leur délivrance de ce fameux péril conjuré par la reine, sont l’antique image, quelques-uns disent le principe même des saturnales moins scandaleuses que nous célébrons maintenant sous le nom de carnaval. Au Moyen Age, il faut le dire, les fêtes du carnaval étaient le plus souvent de vraies orgies. Les déguisements d’un sexe en un autre, et même les travestissements de l’homme en bête, donnaient lieu à des scènes et à des épisodes déplorables pour la morale, ce qui explique que l’Eglise tonna pendant plusieurs siècles contre ces désordres.


LA CHANDELEUR


 Al’occasion de la Chandeleur 1903, Jules Claretie, de l’Académie française évoque ses souvenirs de jeunesse liés à une fête qui, indissociable de crêpes possédant l’étrange pouvoir d’augurer d’un avenir bon ou mauvais, était perçue comme un héritage ayant vaillamment traversé les siècles. Voici son émouvant témoignage.
J’étais occupé, tout à l’heure, à lire les journaux du matin, lorsqu’on est venu m’interrompre : « Monsieur, monsieur, c’est aujourd’hui la Chandeleur ! C’est le jour des crêpes ! »

Et toute une suite de ressouvenirs m’est revenue y, la mémoire ; les lointains jours de février, quand la bonne Julie me tendait la poêle où, sur la couche de beurre doré, elle avait versé la pâte blanche finement délayée et, très émue, se demandait si monsieur allait bien retourner sa crêpe.

L' AVENT



Dans la religion catholique, ce temps est celui de l’attente prochaine de l’arrivée du Rédempteur des hommes. Au XVIIe siècle on écrivait encore l’Advent, adventus, ce qui rapprochait beaucoup plus ce nom français de son origine. Il a été établi à l’imitation du Carême, mais ne remonte pas comme celui-ci aux temps apostoliques, car il ne saurait être antérieur à la fête de Noël ; or celle-ci, sous ce nom, ne date que du IVe siècle de l’ère chrétienne.

Le monument le plus précis de l’Avent, par rapport à son antiquité, est une ordonnance de saint Perpet, évêque de Tours au Ve siècle. Il ordonne qu’à partir de la fête de saint Martin, si spécialement solennelle dans cette contrée, jusqu’à Noël, on jeûnera trois fois par semaine : c’est ce qui a fait nommer l’Avent, le carême de saint Martin. On croit que jusqu’au VIe siècle cette institution n’a guère dépassé les limites du diocèse de Tours. Mais un concile de Mâcon tenu en 581 adopta l’usage consacré à Tours, et bientôt toute la France observa ces trois jours de jeûne par semaine depuis la saint Martin jusqu’à Noël. Il fut en même temps réglé que les offices se feraient en Avent selon le même Rit qu’en Carême. La piété des fidèles avait, en certains pays, dépassé les prescriptions adoptées par le concile de Mâcon, et on jeûnait tous les jours de l’Avent. Cette ferveur se relâcha, et il n’y eut bientôt guère que les ecclésiastiques qui observassent ce jeûne.

ASSOMPTION


Si Baronius soutient que, selon d’anciens manuscrits, la fête de l’Assomption fut instituée vers le Ve siècle, tant en Occident qu’en Orient, nous savons que Clovis Ier, roi des Francs, fit bâtir, en 504, à Strasbourg, une magnifique église sous le titre de l’Assomption de la sainte Vierge, et que selon Grégoire de Tours elle avait cours au moins dès le VIe siècle, prenant une dimension particulière au XVIIe lorsque Louis XIII place le royaume de France sous la protection de la Vierge
Saint Grégoire de Tours rapporte que, de son temps (VI>sup>e siècle, on croyait, tant en Occident qu’en l’Orient, que la sainte Vierge, aussitôt après sa mort, avait été enlevée au ciel, en corps et en âme. Cette croyance, s’écrie-t-il, au concile de Paris, en 577, est universelle : d’anciennes et vénérables traditions l’attestent, nous ne pouvons nullement en douter.


Voeu de Louis XIII. Peinture d’Ingres
Les Grecs célèbrent cette fête sous le nom de Transition, ou Passage de la Mère de Dieu à l’immortalité ; les Latins, sous le nom de l’Enlèvement ou de l’Assomption. Saint Jean Damascène la nomme le Sommeil de Marie ; les Cophtes, les Moscovites, les Maronites : le Repos de la sainte Vierge. D’autres peuples l’appellent la Déposition, le Couronnement, le Triomphe, la Résurrection de la Vierge Mère de Dieu. Benoît XIV prouve que toutes ces différentes dénominations ne signifient qu’une et même chose : l’Assomption de la Mère de Dieu.
Saint Ildefonse et saint Jean Damascène, suivant d’anciens calendriers, assurent que cette fête fut célébrée, aux six premiers siècles, le 18 janvier. On lit aussi, au martyrologe de saint Jérôme, de saint Cyriac, de Willebrord, de saint Vandregégile etc., qu’elle était universellement chômée le 18 janvier, sous le titre de Dormition ou Sommeil de la Mère de Dieu. Il est certain aussi que, vers la fin du VIe siècle, cette fête fut, dans quelques églises, transférée du 18 janvier au 15 août : Maurice, empereur d’Occident, approuva cette translation, et ordonna de la célébrer ce jour dans toutes les églises de son empire. Ce qui bientôt fut imité par plusieurs évêques de l’Occident. Les capitulaires de l’empereur Louis le Débonnaire, de l’an 817, mettent le jour de l’Assomption au 15 Août, et, dès le commencement du Xe siècle, elle fut presque universellement célébrée ce jour.

LE CARÊME



Jadis observée sous peine de mort, l’interdiction de manger gras durant le carême fut au fil des siècles assouplie : d’abord parmi les soldats, qui comme en témoigne la journée des Harengs en 1429 respectaient scrupuleusement les lois de l’Église avant de commencer à tempêter contre leur rigueur le siècle suivant ; plus tard par la population des villes, dont les contrevenants étaient, telle la marmiteuse, encore sévèrement châtiés au XVIe siècle, avant que le XVIIe ne soit plus conciliant.
Si peu prisé aujourd’hui, le maquereau salé l’était beaucoup anciennement. Au nombre des revenus de l’évêque d’Auxerre en 1290, affirme l’abbé Lebeuf dans son Histoire de l’église et de la ville d’Auxerre, nous trouvons une redevance de 3000 maquereaux. D’après une quantité aussi considérable, on peut imaginer combien il en entrait dans la ville, et par conséquent quelle devait en être la consommation.

NOËL ET LA BÛCHE DE NOËL


La bûche de Noël réunissait autrefois tous les habitants de la maison, tous les hôtes du logis, parents et domestiques, autour du foyer familial. La bénédiction de la bûche avec les cérémonies traditionnelles dont elle se parait n’était que la bénédiction du feu, au moment où les rigueurs de la saison le rendent plus utile que jamais
Cet usage existait surtout dans les pays du Nord. C’était la fête du feu, le Licht des anciens Germains, le Yule Log, le feu d’Yule des forêts druidiques, auquel les premiers chrétiens ont substitué cette fête de sainte Luce dont le nom, inscrit le 13 décembre au calendrier et venant du latin lux, lucis, rappelle encore la lumière.


Tradition de la grande bûche de Noël. Dessin de Léon Lhermitte
paru dans Le Monde illustré du 1er janvier 1884
Il est tout naturel qu’on mette en honneur, au 25 décembre, au cœur de l’hiver, le morceau de bois sec et résineux qui promet de chauds rayonnements aux membres raidis sous la bise. Mais, souvent, cette coutume était un impôt en nature, payé au seigneur par son vassal. A la Noël, on apportait du bois ; à Pâques, des œufs ou des agneaux ; à l’Assomption, du blé ; à la Toussaint, du vin ou de l’huile.
Il arrivait aussi, quelquefois, que les pauvres gens ne pouvant se procurer des bûches convenables pour la veillée de Noël, se les faisaient donner. « Beaucoup de religieux et de paysans, dit Léopold Bellisle, recevaient pour leurs feux des fêtes de Noël un arbre ou une grosse bûche nommée tréfouet ». Le tréfeu, le tréfouet que l’on retrouve sous le même nom en Normandie, en Lorraine, en Bourgogne, en Berry, etc., c’est, nous apprend le commentaire du Dictionnaire de Jean de Garlande, la grosse bûche qui devait, suivant la tradition, durer pendant les trois jours de fêtes. De là, du reste, son nom : tréfeu, en latin tres foci, trois feux.